Die fünf Folgen sind geschrieben für Bene Büromöbel Österreich und erschienen auf der Homepage http://bene.com 2009

 

 

L’invention du bureau

 

Table, livre et scriptorium

 

 

I.

Comment le bureau est né?

 

Dans le monde moderne, les bureaux sont des lieux importants. Car le travail moderne signifie le travail au bureau.

              

Des entreprises sont dirigées, des décisions politiques sont prises, des innovations scientifiques sont développées et des processus globaux sont poursuivis, à partir de bureaux. Aussi, des espaces de travail comme les cabinets médicaux et les salles de professeurs, ou des espaces comme des foyers, des avions ou des cafés se transforment en bureaux. Mais de quelle manière le bureau est-il né ? Comment a-t-il été créé et comment s’est-il développé ?

 

 

 

Le monastère

 

 

 

L'origine du bureau commence au monastère, lorsque le moine Jérôme de Stridon ou Saint Jérôme a traduit l’ancien testament en latin vulgaire en l’an 400. Dans les siècles suivants, beaucoup de monastères ont fait copier le texte de Saint Jérôme – la Vulgate -, lequel est aujourd’hui encore un texte biblique de référence. Les monastères sont des entreprises. Des stations de production religieuses, sociales et économiques, de biens matériels et spirituels.

 

Ils sont les lieux, dans lesquels la culture antique est préservée grâce à la copie et à la traduction de vieux rouleaux de papyrus et de parchemin – la plus ancienne forme du livre – et la transmission de leur pensée.

 

Les trois éléments du bureau

 

Depuis le commencement de son histoire, trois éléments caractérisent le bureau : Table, livre et pièce. Ils se construisent l’un sur l’autre et sont jusqu’à aujourd’hui, les outils du travail de bureau avec les ustensiles de bureau comme le papier, l’encre, la gomme, le cuir, le récipient, la couleur et la plume, qui ont pris des formes différentes dans l’histoire, les outils du travail de bureau. Même si l'ordinateur est aujourd’hui l’outil le plus important. *

 

Le livre

 

Le livre constitue la base du bureau. Un sous-main et une pièce sont nécessaires à ce livre. Les livres forment une base essentielle dans le développement de la culture occidentale. Le codex romain est le format de livre après les rouleaux. Il est constitué de feuilles libres de

 

papier superposées et reliées. C’est seulement au 13ème siècle avec le développement du papier que les moines ont pu relier des livres. Le texte est écrit à la main et la première lettre de l’alphabet d’une page est richement illustrée. Les couvertures du livre sont en bois et tendues à l’aide de cuir ou parchemin et décorées avec raffinement.

 

La table

 

L’invention du bureau est en fait l’invention de la table revêtue d‘un tissu. La table – ce sont deux tréteaux recouverts de planches. Afin de ne pas endommager les couvertures coûteuses  du livre, les moines ont deux méthodes : Ils posent un tissu entre le livre et la table – la bure, burra en latin - à partir de laquelle le terme bureau prend son origine. Ou bien ils enfoncent cinq clous sur la couverture du livre, afin d’éviter le contact de l’enveloppe avec les planches de bois grossières de la table. Les clous font partie de l’esthétique de l’enveloppe. C’est seulement au 13ème siècle que les tables obtiennent un pupitre oblique.

 

La pièce

 

Le troisième élément est la pièce. Elle s’appelle d’abord atelier d’écriture, en latin scriptorium, servant à l'écriture, en latin scribere. La pièce, dans laquelle on produit des livres, prend enfin le nom du tissu, venant se placer entre le livre et la table – la bure.

 

Au 17ème siècle tout d’abord, la table, recouverte par la bure, est appelée bureau, au 19ème siècle, la pièce devient un bureau, dans laquelle se trouve une table recouverte d’un tissu en feutre. Dans la désignation, la table et la salle de travail se confondent.

 

Le bureau

 

Au 13ème siècle, la société féodale du Moyen-âge se transforma. La science, qui fonda jusqu’à présent les contenus religieux des écritures saintes, découvre à présent le monde empirique et se tourney vers l’étude de la nature et de la morale, de la biologie et de la

 

sensibilité des hommes. Elle divise croyance et philosophie de manière stricte, les organise selon un nouvel ordre et développe des méthodes et un savoir, qui vont entraîner le monde vers la modernité un siècle plus tard.

 

Grâce à leurs connaissances de bureau, les moines travaillent dans l’administration des cours et des entreprises bourgeoises. Depuis le 13ème siècle, le livre et la table forment un couple solide, qui exerce un effet important sur la culture occidentale, en tant qu’instrument de

 

la formation, du savoir et de l‘organisation. Avec le métier de scripte, le bureau devient une pièce à part entière – même si celle-ci n’en porte pas encore le nom.

 

Avec l’intérêt du 13ème siècle pour l’école et la science, des commentaires naissent sur les textes sacrés, et de plus en plus de textes individuels, avec lesquels s’annonce une nouvelle aire: la Renaissance. Le bureau est alors libéré de sa vocation religieuse – et adapté au monde moderne.

 

Ce que le monastère nous apprend

 

Le grand bénéfice des monastères concerne son engagement pour la culture et la société. Les nonnes et les moines exercèrent l’assistance spirituelle et conservent les biens culturels de l’Antiquité. Ainsi, dès le départ, le travail du bureau fut associé au travail culturel. De

 

manière intéressante, les monastères connurent toujours le succès et se développèrent en de confortables entreprises, lorsque ceux-ci se donnèrent une règle, car la vie au monastère fut ainsi soumise à une pensée unique, qui occupa la vie collective, la vita communis – et qui

 

évolua jusqu‘au travail d’équipe. C’est dans le travail en équipe, la vie rationnelle, le travail de bureau discipliné et le sens de la moralité à travers l’engagement pour la société, la nature et l’homme, que les monastères portèrent une responsabilité sociale. C'est cela qui fit leur succès et devint le modèle pour le monde moderne bourgeois.

 

 

II.

Dans la seconde partie de notre série Office.Info au sujet de l’invention du bureau, Hajo Eickhoff d´crit les bureaux de la Renaissance.

 

 

L’invention du bureau

Le Bureau improvisé

 

Mission et conception du nouveau bureau


La Renaissance est une époque de nouveau départ et de transition. A cette epoque, l’homme développe des relations de travail qui exigent une forme de pièce caractéristique de ce que nous entendons aujourd’hui par bureau.

L'écriture, la comptabilité et le calcul constituent les bases du bureau de la Renaissance. Les outils sont – comme dans le scriptorium monastique – toujours la plume et l’encrier, le papier, le grattoir et la couleur, mais auxquels l’on ajoute le boulier, la balance et la cire à cacheter.


Mais qu’est-ce qui caractérise le bureau, qui commence tout juste à trouver sa voie ? Le bureau est un lieu de rassemblement. Non pas parce qu’il réunit les hommes, mais parce qu’il rassemble une zone de travail particulière. Le bureau de la Renaissance est une pièce informelle, improvisée, sur le chemin d’une forme d’espace, qui deviendra des siècles plus tard une institution sociale centrale – à savoir le bureau moderne.


Un nouveau départ vers le monde moderne


La Renaissance est une époque de découvertes et d’inventions. Et conformément à son caractère de nouveau départ et de transition, l’homme et le bureau se trouvent eux aussi dans cette même phase – en terme d’innovation et d’improvisation. L’homme revêt une nouvelle conscience de vivre, renouvelle ses idées, son comportement et ses croyances et recherche pour sa nouvelle forme de vie de nouvelles formes de pièces adaptées.


Vers la fin du Moyen-Âge, les citoyens gagnent en influence politique et apportent au monde, hors du monastère, le mode de vie des moines et la production monastique ainsi que la spiritualité. Ils soumettent la vie sociale à une critique radicale et déclarent comme futile ce qui ne résiste pas aux nouveaux idéaux. Si les préceptes anciens n’existent plus et les valeurs à venir ne sont pas encore consolidées, la nouveauté inquiète cependant. Elle motive simultanément et permet à l’homme de s’essayer à quelque chose d’entièrement nouveau.

 

Le terme Renaissance doit être pris au sens propre et signifie donner vie à la culture antique. Originaire d’Italie, elle se propage au 14ème siècle en tant qu’individualisme intellectuel et artistique et engendre des créations grandioses dans le domaine des arts plastiques, de la littérature, des sciences naturelles et de la philosophie. Les philosophes, moines, artistes et scientifiques tels que Galilée, Erasme de Rotterdam, Martin Luther, Michel Montaigne et Nicolas Machiavel se détachent des idées avancées par les autorités cléricales et mondiales et se fient à leur expérience et leur raison propres. C’est par exemple le cas de l’ingénieur, philosophe et artiste Léonard de Vinci, qui pense que la vérité ne découle plus de la bible, mais de l’expérience – la mère de toutes les connaissances.


La ville – un lieu de changement


La ville est la scène de ce tournant. L’atmosphère de nouveau départ encourage à la créativité et crée de nouveaux besoins, qui conduisent à la sophistication de l’artisanat, la révolution de la technique, l'amélioration de l'instruction et à la stimulation du commerce. Ces modifications accroissent les écritures et font augmenter les travaux administratifs, juridiques et officiels. Les contrats doivent être rédigés, les prestations facturées et les documents archivés, si bien que de nouveaux métiers tels que les experts bancaires voient le jour et que les juristes, maîtres à compter et les comptables vivent une période de grande prospérité. L'homme et la pièce deviennent à la Renaissance des entités autonomes qui se développent au cours des siècles suivants.


L’improvisation de l'individu et de la pièce


A la Renaissance, le citoyen perçoit l’homme comme une substance propre. En tant qu’individu qui voit sa réalisation dans la poursuite de ses intérêts personnels et se reconnaît comme co-fondateur du monde, en tant qu’Homo faber, qui maîtrise sa vie avec fierté, conscience de soi et raison. Dieu n’est plus au centre de l’existence civique, mais un point d'orientation parmi plusieurs. L’individu civique développe son monde du travail civique.


A la Renaissance, le citoyen perçoit l’espace comme une substance propre, comme un bien spatial, car l’individu, l’artisanat, la technique, l’instruction et le commerce conduisent à une nouvelle représentation de l’homme du travail et de l’espace. Ils conduisent le citoyen à développer des formes de pièces appropriées aux nouveaux métiers, dans lesquelles il peut s’installer avec son métier. En conséquence, les premières pièces étaient des improvisations pour son activité et pour l’exercice de son pouvoir.

Commerce lointain, pré-capitalisme et banques


La forme économique du pré-capitalisme prend la place du féodalisme médiéval qui repose sur la propriété foncière et les impôts. A l’inverse, le capitalisme repose sur la propriété privée de biens de production, sur les lois du marché et la liberté contractuelle des entrepreneurs et des travailleurs. Le capitalisme est supporté par deux idées motivées par la religion : le principe ascétique des moines „Prie et travaille“ et l’enseignement du réformateur Jean Calvin. Calvin part du principe qu’économie, application et rude travail conduisent à la réussite économique, qui est une prédestination, une grâce de dieu. Associée à la forme de travail rationnelle des moines – analyse du lieu, planification et travail ordonné – la bourgeoisie apporte à l’Europe la richesse culturelle et matérielle. En effet, la devise des entrepreneurs de la Renaissance est la suivante, selon Calvin : „Investir, et non pas consommer“.


Cette nouvelle forme d’économie nécessite des banques, car les entreprises doivent procéder à des investissements de plus en plus grands, que ni l’individu, ni les communes ne seraient capables d’assumer. Ainsi, les premières banques font leur apparition dans les villes fortunées, banques dont les familles acquièrent une grande influence politique, telles que les Fugger à Augsbourg, les Medici à Florence et les Rothschild à Francfort. Simultanément, le commerce lointain croissant et la production à grande échelle de biens sont risqués et demandent des assurances qui multiplient avec les banques la circulation de papiers et exigent des aménagements de pièces intelligents, comme c’est le cas dans les bureaux de l’époque et les cabinets.


Bureau et cabinet


Le bureau voit le jour lorsque le commerce devient une économie monétaire. Il s’agit de la pièce de travail non structurée, improvisée du commerçant. Le travail effectué dans le bureau consiste en la tenue des livres comptables – mise en parallèle numérique des procédures commerciales–, l’exécution des écritures, le calcul de nouveaux projets. Les bureaux étaient également des pièces de stockage, dans lesquelles les biens étaient contrôlés et les pièces de monnaie pesées, afin de déterminer la proportion et la qualité du métal précieux qu’elles contenaient.


Les premières pièces sont des lieux de représentation de l’aisance bourgeoise. Des pièces informelles, car l’administration, le rangement et l’organisation avaient lieu entre deux portes – à l’église, sur le marché, en plein air. Le terme „bureau“ a été marqué par la Hanse, dont les établissements étrangers étaient qualifiés de cour, de halle ou de maison, et depuis 1400 de bureau. D’un point de vue étymologique, le mot allemand « Kontor » (bureau) provient du mot français comptoir, qui remonte au mot latin computare, à savoir totaliser, ce qui explique pourquoi le maître à compter de la Renaissance était également appelé Computer. Le calcul revêt une place à l'importance croissante ; en effet, le commerce signifie bien savoir compter – qui se limite généralement à additionner et à soustraire. L’abaque, boulier originaire de Chine, sert de base au calcul. Il est encore utilisé fréquemment de nos jours. A la Renaissance, il est remplacé par la table à compter avec des lignes, puis par le calcul avec des chiffres et un système décimal provenant d'Inde.

Le cabinet est la pièce de travail non structurée et improvisée du juriste et de l’employé. Une administration des souverains et des villes. Le Bas-Empire possède déjà le cabinet, la Curie apostolique depuis le 4ème siècle également. Les rois francs choisirent pour leur cabinet un chancelier à la tête de l’administration. Le cabinet caractérise tout d’abord une institution, non pas une pièce comme le bureau, qui se rétrécit de la cour à la maison, en passant par la halle, jusqu’à devenir à l’époque baroque la pièce typique du travail de bureau.


L’invention des meubles de bureau


Les bureaux se révèlent dès leurs débuts le carrefour des aspirations sociales, scientifiques, techniques et économiques. Une pièce de l’improvisation, qui devient bientôt le lieu d’une tenue particulière – la position assise.


Au Moyen-Âge, les moines se tiennent debout dans le scriptorium tout comme devant leur pupitre, comme c’est le cas à la Renaissance des commerçants dans le bureau et des juristes dans le cabinet. Cependant, avec la Renaissance, les tables et les chaises pénètrent petit à petit dans les bureaux et les cabinets fortunés. Avec leur propagation, elles fixent la tenue disciplinée, qui exige tables et chaises. En relation avec la comptabilité, la pesée et le calcul, la table de bureau est élaborée à partir du boulier transportable. La table fixe ne sied jusqu’alors dans aucune maison privée ni aucune pièce de travail, elle est en effet une invention de la Renaissance pour les nouveaux métiers.


La chaise également, est une invention de la Renaissance. Jusqu’à cette époque, les objets ressemblant à des chaises étaient des trônes. Les sièges des souverains que seuls les rois méritaient, ou les sièges sacrés tels que le trône d’évêque et des stalles. Avec la revalorisation de la classe citoyenne, les citoyens se donnent le droit d’imiter la tenue des souverains assis et de faire du siège du souverain sacré un appareil du quotidien – une chaise de travail – et d’introduire la position assise dans le monde du travail.

L’employé de bureau et de cabinet ne créent alors pas encore la pièce globale adéquate, mais les chaises et les tables viennent arranger pour la première fois un lieu, un endroit central, qui se prête de par sa structure – sous forme de chaises et de tables ou de place assise –, à l’exercice d’activités de rangement, de comptabilité et d'administration. L’étude de la capacité à pouvoir travailler avec calme et concentration dans un lieu confiné est un combat autour du corps de l’employé du bureau ou du cabinet, une procédure disciplinaire de longue haleine et entravée en permanence par des échecs – restée inachevée à ce jour.
Chaise et table constituent le lieu autour duquel le bureau moderne se développe.

 

 

III.

L’invention du bureau

 

Octobre 2008

 

La vie et le travail durant le siècle des Lumières Dans sa série « l’invention du bureau », l’auteur Hajo Eickhoff a rejoint le siècle des Lumières. Le travail prend une nouvelle valeur.

 

La vie et le travail durant le siècle des Lumières

 

C’est dans les bureaux (Kontore), scriptoria et chancelleries du 18ème siècle, à l’époque des Lumières, que se sont développées les idées d’un type de pièce unique qui ne sera réalisé qu’à l’ère de l’industrialisation. Certes, les pièces sont aménagées selon des fonctions bureautiques, mais ne sont pas encore dédiées spécialement au travail de bureau. Mais le bureau devient un endroit important de la créativité et sert à la rationalisation, à la création et au développement de différents types de travail.

 

L’époque des Lumières représente le point culminant de la science et des manufactures. Cela représente une étape entre l'artisanat et l'industrie, dans laquelle l’activité organisée et administrée augmente. L’activité du bureau ne reste pas longtemps cantonnée au commerce, mais devient une part du travail pratique et scientifique. Classer, archiver, correspondre et administrer accompagne le commerce, mais aussi la production, l’administration étatique et la formation. Cela demande, en plus du savoir-faire artisanal, la lecture et l'écriture, la pensée et le calcul logiques. Les commerces, les administrations, les usines, les écoles, et les universités s’équipent de bureaux qui s’appellent toujours des bureaux (Kontore) et chancelleries, mais se différencient en étude, chambre d’affaires et secrétariat.

 

L’homme éclairé croit qu’il peut se défaire des contes, des mythes et de la religion à travers l’aménagement du monde professionnel et se reposer uniquement sur la raison – par raisonnable, il entend l’action systématique et méthodique. Pour l’exercice et la maîtrise du travail de bureau, l’homme doit apprendre à se concentrer sur des processus intellectuels. Une capacité qu’il acquiert à l’école et durant l’exercice du métier.

 

Le travail comme apprentissage et devenir de l‘homme

 

Tout ce qui touche au siècle des Lumières devient éclairé et s’élève. Le travail est valorisé et s’oppose à l'aristocratie déterminée par la naissance. Le travail acquiert une nouvelle valeur. Si, pendant l’Antiquité, il est considéré comme une activité moindre, et durant le Moyen-âge, comme une peine et une contrainte, le siècle des Lumières voit dans le travail un moyen d’évolution de l’homme et d’émancipation du citoyen. Au 18ème siècle, elle octroie à la citoyenneté l’élévation vers une classe dominante et fait du travail un principe de formation. Etant donné que le travail est productif grâce à l’ordre et l’archivage, celui-ci profite d’une estime élevée.

 

Le siècle des Lumières représente une préparation à l’obligation de scolarité, introduite dans quelques parties de l‘Europe vers la fin du 18ème siècle. Dans l’obligation de scolarité, il s’agit de la transmission d’un programme de formation général et de facultés de lecture, d’écriture, et de calcul. Les enfants des citoyens sont formés afin d’acquérir les connaissances nécessaires au travail intellectuel ainsi qu’aux métiers du commerce, de l’artisanat et de l’administration.

 

Le bureau devient indépendant

 

Le bureau des Lumières signifie le travail selon des méthodes. En fonction de la logique et de la systématique – qui requièrent une faculté d’abstraction. La grande productivité réside dans l’abstraction.

 

Dans le bureau des Lumières, l’activité humaine s’est radicalement transformée – du travail à la cour et dans les champs au travail à l‘atelier. C’est la transformation du travail à l’air libre au séjour éventuel dans des pièces, jusqu’au travail continu dans des pièces fermées. À l’époque des Lumières, le bureau devient indépendant, car il se sépare progressivement des pièces privées.

 

Tout est expliqué

 

Le siècle des Lumières n’est pas réservé à la philosophie, comme il apparaît dans la phrase de René Descartes (1596-1650) « Je pense, donc je suis », dans l’œuvre de John Locke (1632-1704) « Essai sur l’entendement humain » et dans l’œuvre d’Immanuel Kant (1724-1804) « Critique de la raison pure ». La pensée, l‘intelligence et la raison des Lumières pénètre toute la société et prend le sens d’absolutisme éclairé en politique des Etats européens. Louis XIV. (1638-1715) le système mercantile apparaît et promeut la bourgeoisie au dépens de l’aristocratie. Maria Theresia (1717-1780) limite l’influence de l’église sur l’Etat et supprime le servage et la torture. Et Frédéric II de Prusse, appelé « Frédéric le Grand » (1712-1786) entretient une fonction publique stricte pour le bien-être des citoyens.

 

Pour travailler dans dee bureaux, les fonctionnaires, les commerçants maîtrisant les mathématiques, les experts en assurances, les travailleurs intellectuels et les employés de chancellerie doivent tout d’abord être formés pour devenir des bureaucrates. Car non seulement l’homme organise le bureau, mais le bureau oblige l’homme à un nouvel ordre de pensée, de sentiment et de comportement.

 

Une caractéristique des Lumières se traduit par un obscurcissement et une limitation de l’homme car le travail de bureau correspond à une perte de lumière et de mouvement. Dans le bureau, la lumière du jour est limitée, l’air frais est réduit, un respect du temps nécessaire et les mouvements sont appauvris.

 

À la vie à la mort

 

Le 16ème siècle a fait apparaître des difficultés d’adaptation au bureau. Le cas La vie et le travail durant le siècle des Lumières Dans sa série « l’invention du bureau », l’auteur Hajo Eickhoff a rejoint le siècle des Lumières. Le travail prend une nouvelle valeur. La vie et le travail durant le siècle des Lumières Dans sa série « l’invention du bureau », l’auteur Hajo Eickhoff a rejoint le siècle des Lumières. Le travail prend une nouvelle valeur. d’un jeune aristocrate de la chancellerie de la Cour de Maximilien I a fait naître le drame du travail et met en évidence la résistance de l'homme contre le respect strict de règles temporelles et corporelles inhabituelles. L’aristocrate doit produire des copies de texte, qu’auparavant il ne copiait qu’en partie car il partait souvent en promenade. Le rappel à l’ordre le fit enrager, ce qui dégénéra en combat à la vie à la mort au sein de la chancellerie. Les employés de chancellerie devaient se barricader, car le jeune aristocrate courait de porte en porte, l’épée tirée, pour affirmer son mode de vie. Les employés de la chancellerie considéraient ces actes de réticence au travail comme fainéants,  car ils ne comprenaient pas que son mode de vie étranger provenait du monde transformé auquel il n’avait pas encore pu s’adapter. Certes, des directives ordonnaient qu'il fallait rester à son pupitre et qu'il était interdit de se promener, mais l'aristocrate trouvait impossible de rester à un endroit car il était habitué à se mouvoir librement, transcendé par la fierté et la passion.

 

Apprentissage de la discipline – le bureau en soi

 

L’apprentissage de la discipline du corps et de la faculté à rester dans un espace réduit, mais aussi à gérer la résistance contre cela parcourt le monde jusqu’à aujourd’hui. Dans les bureaux (Kontore), les chancelleries et les bureaux modernes, ainsi que les usines, les chaînes de travail, les universités et les écoles. La stimulation de la discipline et de l’immobilité provient du fait que le travail de bureau de l’époque des Lumières a été valorisé, et que son exercice s‘associe aux facultés suivantes: La capacité de la maîtrise de soi, de sorte que, la maîtrise du corps, la formation et le travail intellectuel ennoblissent les employés de bureaux. Celui qui réussit à rester longtemps à la même place a reconnu les signes du temps. Plus la planification, l’archivage et la correspondance augmentent, plus le bureaucrate (Kontorist) peut se consacrer aux choses nécessitant une table comme support.

 

Meuble bureau

 

Le travail de bureau discipliné nécessite un nouvel ordre des choses, entraînant la nécessité de nouveaux meubles. Les principaux meubles depuis le siècle des Lumières sont le pupitre, le siège et le bureau – la table d‘écriture recouverte d’une nappe en feutre. Ceux-ci avaient comme mission d’attraper le promeneur et de le maintenir un long moment au même endroit. Le pupitre et la table ont gardé la même valeur jusqu’au 19ème siècle. Le pupitre est issu du couvent et reste jusqu’à aujourd’hui un meuble utile. Le travailleur de bureau l'utilise. Le bureau s’est développé à partir du pupitre.

 

Le bureau est une table d’écriture – un meuble compact compris dans un espace étroit. Equipé de surfaces d’écriture, de tiroirs et de rangements. Il se différencie de l’écritoire ou du secrétaire et constitue un meuble complet, comme un home-office. Le bureau existe depuis le début du 18ème siècle. Son nom est transmis à la pièce dans laquelle il se trouve et fait de l’espace contenant ce meuble un bureau.

 

A cette époque naît l’expression « prendre des décisions de manière bureaucratique » (eine Entscheidung vom grünen Tisch aus treffen). Cela signifie qu’une chose est justifiée en théorie, mais ne peut être mise en pratique. Ou bien cette chose est réalisable, mais à un coût trop élevé. Il s’agit de décisions éloignées de la réalité. La plupart des tables des hauts gradés de l’administration étaient recouvertes d’un feutre vert. Toutefois pas seulement pour protéger les livres et les ustensiles au couvent, mais parce que la table servait à y jeter les pièces de monnaie afin d’évaluer leur teneur en métal précieux.

 

La chaise prend de l'importance grâce à la table d’écriture. Les chaises de cette époque ne ressemblent pas à des chaises de bureau modernes, mais à des chaises qui s’orientent vers les formes classiques comme le trône pharaonique égyptien, le klismos grec ou le trône des empereurs romains. La forme de la chaise se modifie seulement à partir de la fabrication de chaises en masses – c'est-à-dire la chaise du café viennois de 1859. Mais malgré l’établissement de la chaise, la définition de directoire ne prend qu’au 20ème siècle la signification de présidence.

 

Caméralisme – la science de l’administration

 

Au 18ème siècle, l'administration, le classement, le financement et l'archivage se sont développés de telle sorte qu’ils ont formé une science. Le caméralisme – crée par le conseiller de la cour autrichienne Johann Mathias Puechberg – est la science du fonctionnaire des chambres, un apprentissage de l’ordre interne d’un bien public. De la même manière que le travail de bureau règle l'ordre interne des entreprises et des institutions.

 

Le caméralisme est la science de l’économie et du budget. D’une part, l’apprentissage du commerce et des industries, d’autre part l’apprentissage de l’administration, de l’ordre et du financement de l’Etat. Ce sont ces idées, à partir desquelles la structure formelle du bureau industriel a été développée.

 

 

IV.

Partie quatre de notre série Office. Info sur l’« Invention du bureau »:

 

La fabrication industrielle crée une administration.

 

 

L’invention du bureau

Le bureau, un lieu affairé

       

De l’idée du bureau moderne à sa réalisation

 

Le développement du commerce, de l’artisanat et de l’apprentissage durant la Renaissance franchit une première étape dont le fondement est la technique. Lors de l’industrialisation, celle-ci atteint son expression définitive, caractérisée par des usines, des grandes villes et une vision du monde mécanique. Comme moteurs de cette progression, la rationalité et le besoin de liberté des hommes.

 

Naissance du bureau moderne : Dans la manufacture

 

Les manufactures sont des ateliers d’artisanat agrandis, caractérisés par la spécialisation, la division du travail et la fabrication en série. Le travail en manufacture est caractérisé par l’utilisation de machines. Cette nouvelle forme de fabrication différencie aussi le travail de bureau, puisque les domaines d'activité divers comme la planification, la correspondance et la vente y sont réunis. Puisque les processus de production rapides demandent un niveau élevé de technique et d‘organisation, ce sont tout d’abord la taille et la structure du bureau qu’il faut transformer. Si, jusque là, l’établi suffisait comme lieu de planification et de développement, les différentes activités du bureau sont à présent exercées dans un espace spécifique. Cet endroit s’appelle le bureau de manufacture, embryon du bureau moderne.

 

De la manufacture à l’industrie

 

Du travail de manufacture à la production en usine, le bureau connaît un essor rapide car la mécanisation et le raffinement des processus de travail accompagnent la division des activités bureautiques.

 

Créations d’entreprises

 

L’industrie débute avec l’introduction de la machine à vapeur, qui rend le processus de travail mécanique. Les processus industriels sont des types de fabrication rationnalisés de la fabrication en masse, internationalisant le commerce et faisant naître de nouveaux métiers, des besoins inédits et de nouvelles classes de marchandises. D’innombrables entreprises sont crées – des entreprises de planification et de traduction, des instituts de formation, des services de transport, des administrations communales et étatiques, des entreprises de ramassage d’ordures et des institutions de conservation et d’archivage de biens culturels et naturels, comme les musées et les jardins biologiques.

 

L’industrie, un lieu d’activité

 

L’industrie signifie activité – du latin industria – et soumet la population entière à une activité effrénée. C’est à cela, ainsi qu’aux rythmes de la machine, que les travailleurs doivent se soumettre. L’industrialisation est accompagnée d’une accélération importante et d’une rationalisation, entraînant des formes typiques de la puissance (kratos): La technocratie dans la production, la bureaucratie dans l’organisation d’entreprises et les institutions politiques, la ratiocratie dans la vie quotidienne, c'est-à-dire le pouvoir de la raison.

 

L’industrie ne signifie pourtant pas une activité aveugle, mais un travail ordonné, méthodique et discipliné effectué selon des règles précises. Les machines et les chaînes de montage sont le centre de la fabrication 

 

L’activité de bureau et son organisation considérèrent le travail à la machine comme un modèle approprié, ce qui entraîna la mécanisation progressive du travail par la machine.

 

Le bureau d’industrie et les employés

 

Jusqu’au milieu du 19ème siècle, les travailleurs de bureau font partie d’une famille, d’une économie domestique. Ils sont collègues de travail, colocataires domestiques vis à vis des membres de la famille, et sont subordonnés à un maître de maison, le patriarche, auquel ils sont lies par la personne entière. L’industrialisation crée des travailleurs de bureau dépendant financièrement d’un commerçant vis-à-vis de leur salaire. Avec la dissolution progressive des collectivités domestiques, le bureau familial disparaît et les bureaucrates deviennent des employés.

 

Au Moyen-âge, les corps de métier limitèrent la concurrence en réduisant le nombre d'ouvriers qualifiés et la quantité de produits. En revanche, la production de masse entraîna la division du travail, qui entraîna à son tour la division des tâches d’organisation et la division du travail au bureau. Le fait que le domestique et le public, le stockage de marchandises et le character e improvisé, qui marquèrent les scriptoria, les chancelleries et les bureaux (Kontoren), desquels le bureau modern était exclus, a permis la possibilité d’aménager des pièces et des salles plus grandes en bureau et d’adapter ces endroits à des tâches spécifiques. L’industrialisation marqua le début de l’aménagement de bureaux dans les fabriques et les immeubles de rapport.

 

Hiérarchie des pièces

 

Si la manufacture était dirigée à partir d’une pièce, les enterprises industrielles nécessitèrent plusieurs bureaux regroupés en une administration. Les diverses tâches firent surgir divers métiers en raison des fonctions élargies de la production de masse - rédacteur et comptable, comptable de paye et d’encaissement, correspondant, copiste, assistant de bureau et apprenti. Une hiérarchie stricte, qui trouve son expression dans sa grandeur et son ordre - des zones centrales, bruyantes pour des employés moyens, des sections de pièce sombres et repoussantes pour les assistants de bureaux et les apprentis. Celui qui est plus élevé dans la hiérarchie, peut demander une zone spécifique. Ou bien il dispose d’un bureau personnel.

 

L’administration est l’expression de l’agrandissement de la production et de la différenciation des activités de bureau, et demande la coordination des activités à l’intérieur d’un bureau et aussi entre les différents bureaux.

 

Ici se confirme le développement du nom et de la fonction du bureau. Tout d’abord il y eut la bure en feutre épais de la robe des moines qui protégeait les livres, puis il y eut le bureau comme désignation de la table sur laquelle repose le tissu, jusqu’à ce que le bureau devienne la pièce dans laquelle la table recouverte de bure se trouvait. Enfin, chaque pièce dans laquelle on administre et on organise s’appelle bureau – même si celle-ci ne contient pas de table recouverte de bure.

 

Les femmes à la machine à écrire

 

Etant donné que l’honneur pendant l’industrialisation consistait en ce que chaque activité soit execute mécaniquement, des appareils comme les calculatrices et les machines à écrire entrèrent dans le bureau – lesmachines à écrire en 1886.

 

La machine à écrire permît à la femme d’entrer dans le bureau. La société fut révoltée, ainsi que les syndicats, les institutions religieuses et les associations de femmes. Les hommes furent également bouleversés, car le travail – et le travail de bureau – était une affaire d’hommes. La femme entra dans le monde du travail, cantonnée à la machine à écrire, car beaucoup d‘hommes n’était pas prêts à ce travail d’un nouveau genre. Beaucoup de femmes y virent une chance d’obtenir un peu d’indépendance et de se libérer de l’emprise des collectivités domestiques. Afin de rendre ce nouveau métier attractif, des cours d'écriture à la machine furent proposés et des concours d'écriture rapide lucratifs furent organisés. La vente de la machine à écrire devint un succès car le fabricant Remington pouvait transmettre un rédacteur formé avec chaque machine à écrire vendue. La femme deviant une employée.

 

La femme écrivant à la machine à écrire révolutionna le travail au bureau et la vie au bureau. En relation avec la sténographie et la graphie manuscrite, la rédaction à la machine à écrire accélère le travail au bureau, et la femme entraîne un changement de comportement au sein du réseau social du bureau. Un nouvel habillement apparaît, de nouvelles règles de comportement avec des formes plus raffinées sont développées. La femme érotise l’atmosphère du bureau de sorte que la façon d’être au bureau soit totalement nouvelle pour l’homme – la vie au bureau est plus joyeuse, plus harmonieuse, plus diversifiée et plus efficace. Si l’entrée de la femme au bureau fut discriminée au départ, et même considérée comme de la pornographie, pervertissant la bourgeoise respectable, en quelques décennies, ce phénomène se révéla très valorisant pour les entreprises assez riches pour employer une secrétaire.

 

La rationalisation du bureau – Origine du mal de dos

 

Non seulement les processus de travail et les pièces du bureau sont structurés de manière rationnelle, mais aussi différents éléments du bureau sont soumis au principe selon lequel la table d’écriture et la chaise ont une signification particulière.

 

L’ingénieur Frederick Winslow Taylor et le psychologue du travail Frank Bunker Gilbreth développent des méthodes pour économiser les mouvements au poste de travail (voir l’article sur Wikipédia). Ils partent du principe que l’homme fonctionne comme une machine. Ils divisèrent la surface d’écriture en zones dédiées aux matériaux de travail, systématisant la distance d’atteinte du travailleur assis. Afin de supprimer le déplacement en position debout, les descentes de lettres, le papier carbone et les rotors pour sélecteurs de fiches furent développés. Les bons comptables furent ceux qui n'avaient pas conscience que leur créativité était limitée à la distance d’atteinte désignée.

 

Activité en position assise

 

Avec l’introduction de la femme à la machine à écrire, le travail assis s'établit définitivement au bureau. Le corps plié en deux angles droits, la positon assise favorise les processus de travail car la limitation physique développe la discipline et la concentration par rapport à des activités internes structurantes et intellectuelles. C'est en cela que réside la richesse énorme de la position assise. Toutefois, il existe un revers: La position assise prolongée de l’homme – en raison de l’immobilité et de la concentration sur la surface de travail limitée par la table – entraîne une perte des capacités physiques, une rigidité intellectuelle et émotionnelle, des maux de dos et des hernies discales, jusqu’à une perte de l‘aptitude à se tenir debout et à marcher correctement. Même des activités qui sont mieux effectuées en marchant ou en se tenant debout, sont à présent réalisées en position assise – un exemple: Il existe maintenant des chaises sur roulettes, sur lesquelles le travailleur de bureau peut se déplacer le long des énormes livres de bilans qui font souvent plusieurs mètres de largeur.

 

Nécessité du mouvement

 

Il est vite devenu évident que le travail prolongé à la machine à écrire en position assise, tel que prévu dans le système Taylor, rend l’homme malade. Les femmes ne peuvent travailler dans la position assise qu’un nombre réduit d’années en raison de tendinites et des rigidities musculaires dans les mains, les bras et les épaules. Cependant, il a fallu un demi-siècle pour que des experts du travail et des orthopédistes affirment que l’inactivité du travail au bureau entraîne des dommages physiques. C’est seulement à ce moment-là qu’il devint évident que l’homme n’est pas fait pour le travail sédentaire.

 

L’économie de mouvement n’augmente pas seulement la performance, mais elle rend aussi l‘homme malade. Ce n’est pas l’inactivité, mais l’activité et son exercice mesuré qui augmente la performance et maintient les personnes en bonne santé.

 

Travail de bureau - une bonne position

 

Avec l’industrialisation, le bureau a commencé à influencer la pensée, la perception et l‘action de l’homme. Le bureau moderne libère d’abord l’homme, puis la femme de la tyrannie des collectivités domestiques patriarcales, et ouvre une perspective de travail à la femme au-delà de son activité domestique. Le travail des deux sexes sur des projets communs rend le travail attractif jusqu’à la fin du 19ème siècle, et leur confère une position.

 

 

V.

L’invention du bureau

 

18. Mars 2009

 

La passion du travail au bureau – Les formes de bureau du 0ème siècle

 

La passion de sauvegarder les informations : le travail au  bureau, c'est toujours copier, ranger, classer et retrouver. Et justement dans cet ordre précis. Tous les processus de travail d'une entreprise sont documentés et

 

conservés, afin d'être retrouvés et réutilisés dans de diverses affaires. Au fil du temps, ce ne sont tant ces processus qui se sont modifiés, mais les outils et les médias utilisés.

 

Le travail au bureau, c'est rendre la mémoire humaine plus claire. Ce que les employés ne peuvent pas garder en mémoire, il faut le conserver dans des supports de données. C'est la raison d'être de la reproduction et de la conservation de l'information. Ce travail sert à ranger et à classer, à justifier et à retrouver les activités passées. En résumé – il faut rester informé, toujours. Les commandes, la correspondance, les embauches, les licenciements et les chiffres d'affaires, les bénéfices et les opérations bancaires, les bilans annuels et les perspectives, tout cela doit rester accessible et exige donc des systèmes de données systématiques et vastes. Au début du 20ème siècle, on avait inventé les classeurs, les fiches bristol, les cartes perforées, suivis des disquettes, des disques durs, des disques compacts et des mémoires flash, qui constituent le point culminant de la passion de la sauvegarde.

 

La passion d'arranger

 

Si les espaces sont conçus de manière réfléchie, leur ordre dépend toujours des activités et des fonctions pour lesquelles ils sont prévus. Les multiples petits bureaux au sein de l'administration industrielle sont l'exemple même de la division de travail utilisée pour la fabrication effective ainsi que pour la différentiation des activités de sauvegarde des informations qui en découlent.

 

Les bureaux de ce type représentent l'ordre même au bureau au début du 20ème siècle ; avec leur arsenal de différents outils, machines et médias, tels que les classeurs, les cartes perforées, le téléphone, le dictaphone et la machine à écrire, mais aussi le plan de travail et la chaise. Grâce à eux, l'administration dispose d'une structure claire. Ils permettent un travail intensif dans de petites pièces.

 

Mais les efforts faits pour rendre ce travail au bureau plus efficace et pour l'adapter au travail dans l'usine, exigent la disparition des bureaux de petite taille. Les salles de bureau sont alors nées. Ce sont des espaces de grande

 

taille, ordonnés comme les ateliers d'une usine, avec des pièces auxquelles on a attribué le même design. Les chaînes mécaniques qui transportent l'information, les instructions et les dossiers aux différents postes de travail les relient entre elles formant unité homogène.

 

Au début du 20ème siècle, seulement 3 % de l'ensemble des personnes actives dans les entreprises de production sont des employés de bureau, car leur travail est considéré comme un accessoire non productif de la fabrication. Néanmoins, ce type de travail s’est développé en une activité convoitée, en raison de ses répercussions productives sur les processus de fabrication et par l’arrivée des femmes dans le monde du bureau. Toutefois, la production et l'administration restent distinctes l'un de l'autre.

 

La passion de l'angle droit – la chaise « Staffel »

 

Le travail au bureau est l'une des activités que l'homme exerce surtout en position assise, et il doit souvent supporter les douleurs qui en résultent. Ces dernières sont souvent tournées en dérision.

 

Le meuble standard du bureau était représenté dès le début du 20ème siècle par une chaise conçue par l'orthopédiste allemand F. Staffel : une surface d'assise petite et plane, à hauteur de jambes ; un dossier lombaire flexible, fixé sur un large ressort à lames. Le dossier flexible devait soutenir la personne assise dans toutes les positions et, si possible, la maintenir assise à angle droit. Mais ces deux idées restaient sans succès. Néanmoins, la chaise « Staffel » a été utilisée pour le travail de bureau et si possible, également pour le travail en usine. Tout au long du siècle elle a été considérée comme un modèle exemplaire pour le siège automobile.

 

Au milieu du siècle, l’intérêt porté aux postes de travail ergonomiques gagne en importance. Les spécialistes en ergonomie et en orthopédie étudient les formes de posture et de mouvement des personnes en position assise, afin de trouver des issues à la rigidité de la position à angle droit et à l'inflexibilité des activités en position assise. De nouveaux concepts de posture ont ainsi vu le jour, desquels ont résulté les sièges assis-debout, des ballons-sièges, les sièges assis à genoux et d'autres sièges alternatifs. Mais seul le siège pivotant sur cinq roulettes, réglable pour toutes les positions, s'est affirmé en tant que norme et standard pour le bureau.

 

La passion de se réunir – le bureau en tant que table

 

Le bureau reflète l'alliance de forces différentes. Il unit les différentes passions et leurs supports médiatiques. Mais ce n'est pas le bureau en tant qu'espace qui les unit, mais le bureau en tant que table. La table est toujours

 

adaptée aux sièges, bancs, chaises ou sièges à genoux. La table, c'est la surface communicative qui peut tout classer et centrer. La table et l'assise forment une base de travail de haute efficacité, qui fait de la table le centre

 

de l’activité de stockage et de gestion ainsi que le centre de l’entreprise, du monde. La table est une surface fertile, la terre arable moderne de l'homme.

 

La passion de communiquer - le bureau en espace ouvert

 

Suite à la différenciation du travail productif et à l’accroissement des entreprises de services telles que les banques et les entreprises de conseil, les cabinets d‘avocats, les assurances et les caisses-maladie et en raison d'un

 

point de vue plus scientifique de l’économie d’entreprise, l’idée que les différentes activités de rangement et de sauvegarde puissent être effectuées de manière idéale dans des bureaux en espace ouvert émerge au cours de la seconde moitié du siècle. Les salles de bureau impersonnelles, hiérarchisées de manière stricte et organisées à la verticale ainsi que la disposition rigide des petits bureaux administratifs peu motivants pour les employés et contredisant la compréhension moderne du travail, sont alors remplacées : les nouvelles idées directrices répondent à la nécessité de collaboration à un projet - le travail en équipe.

 

Les équipes sont structurées à l'horizontale. Cela se montre également par l'ouverture et l'ampleur d'espaces plus grands. Ceux-ci créent une atmosphère agréable et rendent le travail plus transparent. Les bureaux en espace ouvert ont un grand avantage : ils permettent aux employés de se voir et d'échanger les informations rapidement. D'une part, c'est le but des bureaux en espace ouvert d'encourager la coopération, la diplomatie et la communication. D'autre part, il faut que les employés puissent également apporter leur contribution.

 

L'aménagement des tables dans les bureaux en espace ouvert transmet également une atmosphère plus communicative et plus favorable pour un travail en équipe. En effet, le centre de la pièce n’est pas formé d'une seule table. Au contraire, les nombreuses tables constituent plusieurs centres différents. La structure de l'espace est créée de part des postes de travail dispersés.

 

Mais dès les premières années, il devient évident que les bureaux en espace ouvert comportent des inconvénients pour le travail. L’euphorie initiale fait place à la réalité : les structures en espace ouvert empêchent la concentration

 

en raison des mouvements incessants et du passage des collaborateurs et clients dans la pièce. Les pièces ont un haut volume sonore, ne proposent pas assez de possibilités d’adaptation individuelle à la lumière, à la climatisation et à l'aménagement du poste de travail, n’offrant que peu de solutions pour les sphères privées.

 

La passion de l'innovation

 

Les petits bureaux reviennent et s'organisent à côté du bureau en espace ouvert. Ils forment des espaces protégés au sein de ce bureau. L'idée de communication et de travail en équipe est établie. Outre la simple organisation du travail, l’idée de société est maintenue. Celle-ci s'est développée dans le bureau en espace ouvert, influençant sur l’aménagement de la pièce et sur la disposition des meubles. En raison de l’extension des services, de l’accroissement des activités administratives et de l’augmentation des tâches de stockage, chaque acte – professionnel ou privé – est relié à une activité de bureau. C’est la raison pour laquelle le 20ème siècle a produit des formes de bureau très variées, telles que des bureaux de groupe, des bureaux cellules, des bureaux en espace ouvert, des bureaux à deux personnes et plus, des Home Offices et des mini-bureaux. Le mini-bureau « Cubical », élaboré par Robert Probst en 1968, est une pièce équilatérale de 4 m², totalement aménagée. Une grande partie des employés aux États-Unis travaille aujourd’hui dans ce type de bureau.

 

La diversité des formes de bureau permet d'en choisir celles qui sont nécessaires pour un type de travail bien particulier au sein d'une entreprise et d'adapter également les meubles aux besoins caractéristiques et individuels.

 

Cela est très important pour le travail qui représente un élément considérable dans la vie de chacun. Le travail en équipe, une ambiance agréable, un bon contact entre les collaborateurs et des outils et médias adéquats ont un effet positif sur la motivation, ils maintiennent les hommes en bonne santé et encouragent le succès de l'entreprise. Poursuivre dans cette voie reste un devoir pour le bureau du 21ème siècle.

 

 

 

© Hajo Eickhoff 2009

 

 

 

 

Hajo Eickhoff

 

Duisburger Straße 13

10707 Berlin

hajoeickhoff @ versanet.de

 

17. Oktober 2018

Druckversion Druckversion | Sitemap
© HAJO EICKHOFF